samedi 23 novembre 2013

Les vendanges de la Vigne de la Haumuche

Les vendanges*, une journée de fête et de  tradition qui s'est tenue le 12 octobre 2013 à La Haumuche.

1000 ceps, 5 grappes par cep en moyenne, ça en fait des coups de sécateur à donner pour récolter les précieux raisins. Alors, depuis toujours, la famille se réunit pour cueillir les raisins noirs et blancs. Cette année nous étions 14 adultes, la descendance de Mémé Didi presqu'au grand complet, réunie pour cette grande opération annuelle. 13 hL de vendange ont été ramenés dans le chai pour faire du vin blanc, du rosé, du vin rouge, mais aussi des jus de raisin blanc et rouge, des pineaux de la même couleur (Nous disons plutôt vermouth* chez nous.) .
Les vignerons restent toujours très flous quand on leur demande combien ils ont récolté de raisin. Je ne sais pas pourquoi, sans doute parce que ce n'est pas facile à évaluer avec une très grande précision. Peut-être aussi parce que le vigneron fait une déclaration de récolte auprès des services des douanes de l’État Français et que la quantité déclarée n'est pas forcément celle réellement récoltée. D'ailleurs, déclarer plus ou en moins de vendange, je ne comprends pas quel avantage le vigneron peut en tirer., bien des taxes associées à la production de l'alcool ont été abolies depuis longtemps.

Le matériel de vendange

Le chemin est long et plein d'embûches depuis la grappe de raisin accrochée au pampre de la vigne, jusqu'au chai. Autrefois, le raisin était coupé à la serpette, maintenant on utilise des sécateurs de différentes formes et tailles. La vendange était ramassée dans des cassettes en bois, vidée dans une hotte d'abord en osier, puis en métal , elle même vidée dans le charreau*.
Alors, détaillons un peu tout ça :

Le transport de la vendange: 
Autrefois, il y avait le cheval qui tirait un tombereau sur lequel étaient installées de grandes cuves en chêne, réceptacles de la vendange.

Vendanges de la Haumuche, juste avent la guerre 39-45.
Encordées debout sur le tombereau, 3 tonnes* servent de charreau*.
On y reconnait de droite à gauche, mon père,
sa sœur Denise, leur grand-père Eugène Prieur et leur sœur aînée Suzanne.
Le jeune homme à gauche m'est inconnu. Au pied de la charrette,
c'est l'oncle Clément Prieur, frère d'Eugène.
Sur cette photo, prise sans doute lors des mêmes vendanges, posent,
devant le cheval, mon grand-père Denys, celui qui m'a tant appris,
ainsi que ma grand-mère Juliette son épouse, née Prieur.
Au premier plan on retrouve  l'oncle Clément Prieur, et
Eugène Prieur, mon arrière grand-père donc.

 Quelques années plus tard, le cheval est abandonné et les charreaux sont chargés sur des plateaux tirés par des tracteurs. Et puis, dans les années 1990, mon père a fait faire une cuve en aluminium, légère et hygiénique, dans laquelle on met encore le raisin rouge aujourd'hui. 

Le tracteur de "Mimile" tire maintenant la remorque.
Le vieux cheval est mort depuis longtemps.
Dans les années 90 la cuve en aluminium d'une capacité de 1500 L
remplace le charreau.





Le nettoyage de la cuve métallique est méticuleux.
Il y a eu aussi la période du mini tracteur, avec la remorque aménagée pour transporter le raisin blanc. On y plaçait les bailles et les comportes pleines de raisins blancs. La remorque était en fait la remorque du petit voilier que j'avais construit en 1966. J'avais fabriqué un plateau en bois qui,  une fois fixé sur l'armature métallique, s'est révélé bien pratique pour le transport d'objets volumineux très divers.

Le petit tracteur de pépé André amusait beaucoup les enfants
dans les années 80. Il était à leur échelle
avec sa petite remorque.
Pas besoin de permis pour conduire le mini tracteur
et le klaxon avait un son de canard enroué très rigolo..


Il y a eu aussi les années folles, avec les cuveaux montés dans la
bétaillère de Michel Marché. On y foulait le raisin en dansant.
Les bailles* et les comportes 
Ce sont des récipients que l'on pose dans le rang  pour y placer les raisins blancs ou autres raisins que l'on veut mettre à part des autres. Elles sont ensuite transportées à bras d'homme sur la remorque ou dans le coffre de la voiture et descendues dans le chai. Avant, les bailles étaient en bois, elles étaient lourdes, on les faisait combuger pour les rendre plus ou moins étanches. Deux douelles diamétralement opposées dépassaient des autres. Elles étaient percées d'un trou dans lequel on pouvait passer une perche pour transporter la vendange à deux sur l'épaule. Maintenant on utilise des comportes en plastique. Des poubelles d'une contenance de 90 L que l'on positionne de-ci de-là dans les rangs, les vendangeurs y déposent, en passant, leur récolte de raisins sélectionnés. Cette année, je m'en suis procuré 3 nouvelles dans un magasin spécialisé, sans me résigner à jeter les vieilles toutes défoncées. Elles sont noires et très solides. espérons qu'elles vont durer longtemps.

Les bailles*et le seau à vendange, tout était en bois.
On y mettait le raisin blanc.
On utilise aujourd’hui des comportes en plastique
qu'il faut parfois rafistoler dans le chai avant de partir en vendanges.
 La hotte 
"La hotte; la hotte !!!" crie bien fort le vendangeur . Il est tout fier d'avoir empli son baquet avant les autres et il le fait savoir alentour. Parfois, c'est la chance d'être tombé sur un cep particulièrement chargé de raisins qui le fait aller si vite. Pendant ce temps là, dans l'autre rang, de pauvres vendangeurs malchanceux s'affairent à ramasser les graines tombées à terre par le passage d'un chien de chasse ou d'un gibier et haussent les épaules de dépit. Je me souviens, autrefois, il fallait vraiment tout ramasser. Pas une graine ne devait rester par terre. Alors, quand on tombait sur un pied de noah, c'était souvent la catastrophe. Certains vendangeurs expérimentés, choisissaient leur rang. Ils se rappelaient que dans tel rangée il n'y avait pas de noah. Ou bien, sous le prétexte d'aller aider un groupe un peu en retard dans un rang voisin, ils changeaient de rang juste avant un énorme pied de noah. J'ai aussi un souvenir très net de mon grand-oncle  Alphonse  Bodin : Je l'avais surpris en train d'écraser discrètement les graines tombées sous un cep avec sa grosse botte en caoutchouc. Il savait bien ce qu'il faisait, il y avait tellement de vendange cette année là, mais il ne fallait pas que quelqu'un voit que le travail n'était pas fait comme il se doit. Je l'ai peut-être fait moi aussi dernièrement, mais il ne faudrait vraiment pas que ça se sache !
 Mais revenons à nos moutons : de forme conique,  la hotte est un outil de vendange primordial. Le vendangeur y verse le contenu de sa cassette. Elle se porte sur le dos. Elle peut parfois peser très lourd quand elle contient des graines de noah ou que les vendangeurs ont un peu trop tassé le raisin. Les minces bretelles cinglent les clavicules (Cette année, on a capitonné, avec succès paraît-il,  le dos et le bas de l'appareil, les parties qui sont en contact avec le dos du hotteur.). Le hotteur va ainsi remonter tout le rang pour aller vider son contenu dans la cuve. Il doit bien s'organiser pour ne pas attendre avec sa hotte à moitié pleine, ça fait mal au dos. Mais aussi , ne pouvant pas enjamber le rang, il doit aller au devant des vendangeurs dans le bon rang, celui où les baquets n'ont pas été vidés en dernier. Sinon, on se passe les cassettes par dessus les fils de fer pour atteindre la hotte. Les passeurs sollicités se relèvent, se sortent de leur travail de cueillette. Ils en profitent alors pour bavarder, regarder le paysage...
Bref, la concentration et le rendement sont diminués. C'est pas bien !

La hotte fait souffrir le hotteur lorsqu'elle est bien chargée.
Les bretelles agressent les épaules.
Et ce n'est pas tout ! Il faut monter à l'échelle pour vider
la hotte dans l'égrennoir.

















N'importe qui ne peut pas porter la hotte. Il faut être costaud et pas trop grand pour que l'ouverture de la hotte soit accessible au vendangeur qui va vider sa cassette bien pleine. S'accroupir avec une hotte déjà lourde, c'est délicat, on a du mal à se relever. Et puis, il y a beaucoup de chemin à parcourir quand les vendangeurs sont au bout du rang. Je me souviens, mon grand-père avait une vigne à la folie. 3 rangs de noah, long d'au moins 500 m. Je portais la hotte, j'avais la taille et la force requise, mais le charreau était tout à l'autre bout de la vigne et en plus, je me souviens, il faisait très chaud cette année-là. Plus un aller-retour de hotte prenait du temps et plus les cassettes étaient pleines. Le hotteur s'en retournait alors avec une hotte encore plus lourde, un mal au dos, aux épaules et aux jambes encore plus aigu. Ma vieille grand-mère, trop handicapée pour vendanger, restait assise près de la remorque à tricoter à l'ombre. J'arrivais enfin, suant et soufflant pour vider ma hotte de son précieux contenu. "Mon pauv' garçon ils vont te tuer." Je  prenais à peine le temps de boire une gorgée d'eau, "Ah ! oui, il faut que je leur ramène un ressort de sécateur et une bouteille d'eau fraiche." et c'était reparti, presqu'en courant, car j'entendais déjà chanter : "La hotte, la hotte !!!".
Cette année, il y avait beaucoup de candidats au casting pour la sélection des hotteurs. Beaucoup s'y sont essayés, ils ont commencé leur formation. Ce sera bon dans quelques années.

Première tentative de portage de hotte.
C'est encore bien tôt pour cette jeune candidate.
Et pourquoi pas une hotteuse ! Égalité, égalité !
Pas mal... Hotte bien équilibrée, dos bien droit, bras relâchés.
Ce candidat a de l'avenir.
Dans un dizaine d'années, il fera un excellent hotteur !

les outils du vendangeur.
Un bon vendangeur utilise un sécateur pour couper le raisin, et une cassette pour stocker sa cueillette. En début de campagne, ceux qui n'ont pas leur propre matériel, choisissent leur sécateur parmi ceux présentés dans la vieille boîte en bois. Il y a des sécateurs à bout pointu et d'autres plus ronds. Les premiers paraissent plus dangereux, surtout quand les vendangeurs sont face à face sur le même cep. Mais on a aussi déjà eu des blessures avec les sécateurs ronds. On ne voit pas toujours très bien ce que l'on coupe et parfois, le doigt de l'équipier d'en face, ou le sien, se retrouve entre les 2 lames. Aïe ! 
Les enfants, on leur confie des petits ciseaux à bout rond, mais même avec ça il y a eu des pépins... Notre pauvre petite Margot s'est profondément coupée avec l'extrémité de ses petits ciseaux en trébuchant. Elle a dû aller aux urgences de l'hôpital pour faire mettre des points de suture juste à côté de l’œil.  Elle a été très courageuse et  s'en est retournée dans la vigne avec un petit pansement qui ne l'a pas empêchée de jouer et de galoper de nouveau.  Margot, est née un 13 septembre et, à sa sortie de la maternité, elle est venue directement  dans la Vigne de la Haumuche avant même d'aller dans sa maison, car c'était jour de vendanges et on était tous là. C'était en 2011. Alors, vous pensez si elle est attachée aux vendanges cette petite !
Le vendangeur expert essaye son sécateur sur une branche ou une vrille et se décide enfin après mûre réflexion. 
Ensuite, on choisit son baquet. Dans la collection étalée à l'entrée de la vigne, on trouve de vieilles cassettes en bois, des cassettes modernes et des seaux en plastique. On peut même choisir sa couleur, vert ou noir ou bordeaux. Une anse en bois rendrait l'objet plus agréable à porter, etc.

Les sécateurs à bout pointu ou à bout rond
sont soigneusement nettoyés, affûtés et graissés.
Bien vite il faut choisir le meilleur.
Les seaux de toutes les couleurs, les cassettes en bois ou en plastique
attendent les vendangeurs à l'entrée du rang.
Il y a aussi les petites cassettes pour les enfants.



Et c'est parti, mais dans quel rang ? 
"Bon alors, on commence par le haut ou par le bas ?" 
"Par les noah en bas, ça vous fera un bon échauffement !" répond le patron.  
Et l'on en voit alors qui se précipitent dans le deuxième rang, d'autres dans le quatrième, car ils savent que ces rangs là sont moins longs et surtout qu'ils ne sont pas plantés de cette saloperie de noah si difficile à ramasser (Je n'arrête pas d'évoquer le noah, il faudra que je lui consacre un message, faites-m'y penser chers lecteurs !).
 Puis le petit groupe s'ébranle en se dandinant, les cassettes au bras, tenant parfois par la main un petit tout fier et content de faire comme les grands. Ils s'éloignent vers le bout du bas de la vigne, au plus loin pour ramasser les précieuses graines de façon à toujours rapprocher la récolte vers la cuve et faciliter le travail du hotteur.

"Mais qui a taillé ce cep, c'est n'importe quoi, il est plein de raisins."
"Moi, je goutte toujours avant de cueillir."
"J'en ai déjà coupé plein, ma cassette est presque pleine !"
"Bon alors, comment ça s'ouvre ce truc ?"
T'as qu'à tourner le cran de sécurité,
c'est très facile !"
 



















"Regardez bien,  jeunes débutants, comment on goûte
une graine de raisin pour savoir si elle est bien mûre."

Tout est bien organisé, le spectacle est amusant, on voit des têtes qui apparaissent et disparaissent périodiquement à chaque changement de cep, une sorte de mouvement très lent de yo-yo. Ça cause, ça chante, ça se plaint du dos, "la hotte, la hotte !" , "encore ! ", "oh ! là là, celui-là, faudrait faire une photo ! Mais il est pas comme les autres, les raisins sont roses, on les met où ? avec les blancs ou avec les rouges ? ".

Ce cep de raisins roses, n'a pas encore été identifié. S'agirait-il d'un Grolleau ? Il y en a 3 autres comme lui dans la Vigne de La Haumuche. On étudiera ça prochainement avec un peu d'ampélographie.
Et c'est ainsi, que la journée s'écoule, paisiblement. Les sécateurs s'agitent, les cassettes se remplissent, la hotte se promène, va et vient, en bas, en haut. Et les enfants s'amusent, rient, courent. Tout va bien, il ne fait pas trop chaud et cette année il n'a pas plu. 
Nous avons un peu retardé le départ le matin pour attendre la fin du passage pluvieux, nous sommes arrivés sur le chantier vers 10 h 15.
Et après, nous avons même eu un beau rayon de soleil qui a réchauffé la vendange. 
Une bonne pause de 2 heures, entre 12 h 40 et 14 h 30, nous a permis de recharger les batteries avec un bon repas. Comme cette année il y avait beaucoup de jeunes enfants et que les vendanges étaient tardives, nous sommes redescendus déjeuner dans la "Vieille maison".  
Mon carnet de notes stipule dans l’extrême détail :
le matin : chargement des remorques, escabeau, hotte, comportes, seaux et cassettes, sécateurs, fourche


mémé Claudie, Mimi, Vincent, Clémence, Clarisse, Victor (1ères vendanges), Luc, Antoine, 



Stéphanie, David, Arthur, Margot, Aline, Émilie, Cathy, François. 





Anna et Camille sont restés au chaud.







Accident de Margot coupée profondément à l'arcade droite, elle va se faire recoudre à La Providence à Poitiers.

sont arrivés en fin de matinée: Mathieu, Laeticia, Alice, Martin





10 h 15 --> 12 h 40 le bas aux 3/4 (il y a peu de noah).






descente dans le bourg pour déjeuner dans la vieille maison (13 h --> 14 h 30).




reprise vers 15 h, sans Clarisse et ses 2 enfants, retour de Stéphanie et Margot, Anna et Camille dans l'après-midi

15 h 00  -->  15 h 30 : fin de la vendange du bas






15 h 30 --> 16 h 45 : vendange du haut







Vers 16 h 45, la vendange était toute ramassée. Nous avons pu profiter ensuite d'un petit moment de détente agréable, pendant lequel les enfants, bien qu'un peu fatigués, s'en sont donné à cœur joie, avec des batailles de raisin, des lancés de graines avec la bouche, sous l’œil bienveillant et même complice de Grand Mildiou, qui savait bien que quelques verres de jus en moins valaient bien des rires d'enfants et des bons souvenirs à jamais marqués dans leur mémoire juvénile.

Nous avons bu un petit coup (bière ou jus de fruit, même pas de vin !), respiré l'air pur, écouté les oiseaux et les bruits de la nature, apprécié cette sérénité qui se dégage du paysage.

Le Bourlot* :
Aline s'est vu confier la lourde tâche de confectionner le bourlot qui indique la fin des vendanges. Elle a su trouver quelques fleurs sauvages et des beaux rameaux de vigne couverts de feuilles bien rouges. Nous en avons confectionné un bouquet original qui a été accroché à la fourche de métal, piquée dans la vendange . Cette fourche sert à répartir les raisins dans la cuve et à éliminer quelques rafles et grappes malades.
Nous avons ensuite rassemblé les 5 bailles contenant les raisins blancs (une n'était qu'à moitié pleine), nous en avons chargé 3 dans la petite remorque et 2 dans le coffre du Scenic. Les seaux, cassettes, hotte, escabeau, on été placés dans la cuve sur les 70 cm de vendange non foulée. Je préfère conserver les raisins intacts le plus longtemps possible pour éviter une oxydation précoce et un contact important du jus avec l'air.  Le foulage et l'égrenage seront effectués dans le chai.
Un petit cortège de voitures s'est enfin formé pour redescendre dans le village.

 Il va maintenant falloir s'occuper de toute cette belle vendange : dépoter, presser, fouler... Et préparer le grand dîner des vendanges, le Bourlot,  mais ça,  c'est une autre histoire, à suivre donc...

*Les  vendanges : période annuelle au cours de laquelle on récolte les raisins dans les vignes.
La vendange : ensemble des raisins cueillis par les vendangeurs*, au moment des vendanges
  et qui seront transformés principalement en vin.

Les vendangeurs :  personnels hautement qualifiés, chargés de la cueillette des raisins dans les vignes.
Vendanger : 1. Cueillir les grappes de raisin dans la vigne et les rassembler pour les rapporter dans le chai.
2. Rater quelque chose par maladresse.   Exemple : vendanger une balle de golf  signifie louper
une approche facile après un drive magnifique.


*le vermouth : en vérité le vermouth est un vin blanc enrichi en alcool, moût de raisin et plantes diverses.
Notre vermouth local est fabriqué  à partir d'un mélange d'eau de vie et de moût de raisin, à bonne proportion pour obtenir un mélange à 18 °. A ce degré d'alcool,  la fermentation est bloquée et l'on obtient un apéritif, blanc ou rouge suivant la couleur du moût, très apprécié. Bien sûr ce n'est pas du vrai Pineau qui, à la différence de notre vermouth qui sent un peu l'alcool à brûler, est assemblé à partir de jeune C
ognac. On pourrait très bien faire cet assemblage avec du Cognac bas de gamme acheté en magasin.


* le charreau (absent du dictionnaire) : sorte de grande cuve en bois à fond plat de forme ovale, pouvant atteindre 3 m dans sa plus grande dimension servant à charroyer la vendange. Les parois d'environ 1,5 m de hauteur, sont faites d'un assemblage incliné de douelles planes et trapézoïdales conférant au charreau une ouverture évasée. Ne pas confondre avec le tonneau*.
Je l'ai écrit avec 2 r pour faire comme charrette plutôt que comme chariot qui lui n'en prend qu'un.


* La baille : récipient de bois destiné à accueillir la vendange dans les rangs de vigne. On passait un manche de  bois dans les 2 trous percés dans 2 douelles opposées pour transporter le raisin. On les utilisait principalement pour recueillir les raisins blancs qui étaient séparés du raisin noir pour confectionner le fameux "Vin blanc de la Haumuche".
Les bailles pouvaient contenir 50 ou 100 L de raisins qui "tombaient à la baille" lorsqu'on vidait sa cassette dedans !


* Le tonneau : sorte de grande barrique posée debout et sans couvercle destinée à recevoir la vendange pour la fermentation des raisins. les tonneaux ont une capacité variant de 1,5 à 3 hL.
Il était très dangereux de descendre dans le tonneau lors de la fermentation du raisin, car l'atmosphère était constituée principalement de gaz carbonique et l'on pouvait mourir asphyxié.


*La tonne : c'est un petit tonneau, ou une grande barrique, d'une contenance de l'ordre de 500 L. Elle était positionnée debout dans la charrette et pouvait remplacer le charreau lors des vendanges.

* Le bourlot, l'avelot en Charentais : c'est l'évènement qui marque le dernier jour des vendanges.
Bien sûr, maintenant les vendanges ne durent qu'une seule journée,mais j'ai connu une époque où
cela pouvait prendre presqu'une semaine. Lorsque la cueillette était terminée,  pour fêter ça et l'annoncer à la communauté, un gros bouquet était placé sur le dernier charreau redescendu de la vigne.

Le bourlot c'est ainsi que l'on nomme aussi le dernier repas pris par le vendangeurs à l'issue des vendanges. On y mange et boit  bien, mais ça aussi c'est une autre histoire.



mercredi 9 octobre 2013

Les travaux d'été dans la vigne de La Haumuche

Aujourd'hui, mardi 8 octobre 2013, je viens de terminer les derniers préparatifs de la vigne en vue des vendanges programmées samedi prochain 12 octobre. 
 Ça y est, elle est prête la vigne, "maquillée" comme je le souhaitais, elle attend la visite de toute la famille pour cette journée de fête et de retrouvailles
Des 5 rangs pas un seul seul pampre ne dépasse. Ils sont tous bien  maintenus verticalement par les 2 boucles de fil de fer mises en place en juillet et le dessus a été coupé à la cisaille. Sous le feuillage rougissant, pendent de magnifiques grappes, des grappes noires aux grains plus ou moins gros suivant le cépage, des grappes jaunes dorées de Chardonnay et de Sauvignon, des grappes un peu vertes de Noah. La récolte promet d'être de qualité et abondante. On peut quand même relever de-ci delà des grains desséchés, quelques grains pourris aussi, il faudra peut-être faire un peu de triage des grappes. Ces grappes sont bien dégagées, pas d'herbes folles sous les ceps ni trop de feuillages pour leur cacher ces dernières heures de soleil si importantes pour faire monter le taux de sucre. Dans l'ensemble, c'est la présence de ceps bien chargés de raisins qui domine à la vue. C'est une bien belle perspective, avec, entre les rangs, un beau tapis de gazon tout juste tondu bien ras.  J'ai même un peu peaufiné en fauchant les abords et le pré de la vigne de René Bercy.
Et puis, comme souvent observé le soir sur ce site de La Haumuche, en cette soirée d'automne, il régnait une atmosphère toute particulière. Un calme tout à fait insolite s’installe. Les oiseaux se taisent, le soleil disparaît derrière le Pinail, les couleurs du fond lointain s'estompent, le vent se fait douce caresse. J'écoute ce silence. la lumière se fait extraterrestre, les rouges ressortent, les jaunes les accompagnent, les bleus des raisins scintillent sous les derniers rayons réfléchis du soleil rasant. La terre dégage une agréable odeur de foin frais, de gazon fraîchement coupé. Comme pour me remercier la vigne se pare de ses plus beaux atours. C'est un moment magique, baigné de sérénité et de paix qui appelle à la méditation. J'ai du mal à m'en extraire. Si j'y croyais, j'entendrais presque les murmures des esprits de mes ancêtres... 

Les travaux d'entretien de la vigne en été.
Pour en arriver à avoir une vigne bien propre, comme dans les grands domaines, ce ne sont pas moins de 8 traitements à la bouillie bordelaise qu'il a fallu opérer régulièrement, de préférence avant chaque période pluvieuse. Les derniers passages, je les ai faits assis sur le tracteur, avec la pompe à traiter accrochée sur le dos et posée sur le quarter du moteur. En même temps, j'enclenchais la tondeuse ventrale et je tondais l'herbe dans les rangs. Ça marche super bien et ce n'est pas fatigant. Je dois juste m'arrêter tous les 10 m pour remettre de la pression dans la pompe car je ne peux pas tenir la lance du pulvérisateur, le levier de la pompe et le volant du tracteur en même temps. J'ai bien essayé de coincer le volant avec un genou, mais il y a encore trop de petits cahots et le tracteur dévie de sa route ! Ça doit  doit être assez cocasse de me voir faire, dommage, je n'ai pas de photos à montrer.
Sauf par forte chaleur, ce qui est arrivé une fois ou 2, j'ai mélangé du soufre mouillable à la bouillie pour mieux combattre l'oïdium.
J'ai aussi traité sous les ceps avec du glyphosate, (une fois en juin et une fois en août), car, avec les orages d'été, l'herbe a beaucoup poussé. A chaque fois, il faut veiller à bien écheniller les pieds assez hauts et bien relever les branches afin qu'aucune feuille de vigne ne soit arrosée de produit mortel. Il faut prendre son mal en patience et ne pas trop compter son temps. 
Enfin, le passage de la tondeuse entre les rangs à 6 reprises a été rendu nécessaire pour ne pas se laisser déborder par les herbes folles.
J'ai comptabilisé plus de 70 heures pour effectuer ces diverses opérations. C'est un loisir qui m'occupe bien, mais peut-être pas encore autant que le golf.

Le passage des experts.
Évidemment toutes ces interventions ne se faisaient pas sans évaluations. Des experts de tous âges, sont régulièrement venus visiter la vigne et prodiguer leurs critiques et leurs encouragements.

D"abord on regarde bien partout.
"Chapeau, celui-là, il va bien donner !"
"Cette grappe change de couleur, en fait, c'est la véraison* qui commence."
"Moi j'ai même pas mis mes bottes pour venir
tellement cette vigne est propre."
C'est mieux d'être tout petit, pas besoin de se baisser
pour expertiser les ceps.
"Regarde derrière-toi Aline, il y a une coccinelle".
"Et moi, je cherche un brin d'herbe à arracher,
mais j'en trouve pas, tellement c'est propre."


"Regarde pépé, j'ai arraché toutes les mauvaises herbes qui restaient."





"C'est quoi papa ce cépage, du Gamay ou du Pinot noir ?"
"Ben... c'est du Noah, regarde un peu comme il est haut."

"Coccinelle, demoiselle, vole jusqu'aux cieux..."
"Passez sous le pont."

"Bon, on y va ? Je voudrais bien aller me baigner maintenant."

"OK, on y va, on rentre à pied sur le Trait."
Et voilà le travail.

* Véraison : période au cours de laquelle les baies s'éclaircissent pour le raisin blanc
et rougissent pour le raisin noir. Les grappes paraissent malades !




dimanche 21 juillet 2013

Floraison, Nouaison, la belle saison de la vigne de La Haumuche

La floraison a vraiment tardé à se produire cette année. 
Mais elle a eu lieu quand même durant la deuxième moitié de juin. Tout c'est très bien passé, il n'y a pas eu de coulure* apparente. Les vendanges ont donc été fixées au 12 octobre 2013, soit environ 100 jours après la pleine floraison. Les traitements à la bouillie bordelaise et au soufre mouillable ont été opérés dans de bonnes conditions juste avant et juste après la floraison, ce qui fait que je n'ai pas vu de trace de maladie quelconque.
Et puis, au début de juillet, le temps a radicalement changé. Le température a grimpé de plus de 10 degrés d'un seul coup et un grand soleil généreux a tout inondé évaporant l'eau stagnant dans la vigne et réchauffant les ceps.
La nouaison a été rapide.
Les conséquences immédiates de ce beau temps sec se sont traduites par une augmentation radicale de la pression osmotique induisant la formation de grappes magnifiques et particulièrement nombreuses. Les fleurs se sont transformées en fruits qui, très vite, se sont mis à grossir pour atteindre aujourd'hui la taille d'un petit pois. C'est un régal pour les yeux tous ces petits points verts cachés au milieu des feuilles.

Ce cep d'hybride de 18315 (devenu Villard Noir depuis son anoblissement)
regorge de raisins.
Ce cep de Pinot noir n'est pas en reste. Les grappes bien formées
commencent à pendre sous les rameaux.













La pousse est fulgurante, le relevage et le rognage ont du être effectués rapidement.
 C'est à croire que la végétation veut à tout pris rattraper son retard. Les rameaux poussent à une vitesse folle, de plusieurs centimètres par jour, certains dépassent le mètre de long en quelques jours. Il faut palisser toutes ces branches pour que la vigne conserve une belle forme bien régulière, comme dans les grands crus. 
En juin j'ai d'abord remonté une première boucle de fil de fer avec les coulissants au niveau de la première encoche des piquets d'extrémité et les fils de fer accroché aux pointes recourbées fichées dans chaque piquet à environ 75 cm du sol. J'ai même effectué cette opération assis sur le mini tracteur combinant le relevage et la tonte.
La deuxième série de boucle de fils de fer que j'avais mise en place l'été dernier a été relevée elle aussi le 12 juillet, mais à pied cette fois et avec les mains ! Les rameaux sont trop nombreux et certains, les ceps de Plantet (54 55) par exemple, sont très cassants. Il faut plus de minutie et le tracteur avancerait trop vite. De plus je remonte les 2 côtés du rang au même passage, en accrochant les fils de fer aux crochets (pointes recourbées) plantés au sommet de chaque piquet à environ 1 m 10 du sol et les coulissants le plus haut possible le long des piquets de bout.
Ensuite un coup de cisaille sur le dessus des rangs vient égaliser tout ça, c'est du plus bel effet, à la fin il n'y a pas une feuille qui dépasse.
Encore un passage de la tondeuse la veille du 14 juillet et un traitement à la bouillie bordelaise, le lendemain très tôt, à raison de 300 g par pompe va j'espère continuer à protéger la vigne. Les températures devant dépasser 30 °C je n'ai pas mis de soufre dans la pompe car à ces températures, le soufre brûle la végétation. Le sulfate de cuivre mélangé à la chaux devrait protéger aussi un peu les jeunes rafles de la suette (oïdium).

Apoplexie**.
Cette année encore, quelques ceps en pleine croissance se dessèchent subitement. La sève ne circule plus dans la plante, les feuilles jaunissent et tombent le cep finit par crever, victime d'une "apoplexie". C'est comme ça que mon grand-père désignait ce fléau. L'apoplexie est mentionnée dans les ouvrages spécialisés sur la vigne. Je ne sais pas ce que c'est, qui en est la cause, mais cela se produit sur 2 ou 3 ceps chaque année. On pourrait croire que le cep a manqué d'eau, mais ce n'est pas le cas cette année. Les ceps atteints sont plutôt isolés au milieu de ceps en parfaite santé. Quoique, si on regarde l'illustration jointe, on s'aperçoit que le cep malade est voisin d'un tout jeune cep, à sa gauche, qui a dû lui même remplacer un autre cep malade l'année dernière ou il y a 2 ans. Il ne faudrait pas que cette maladie se répande, je regarderai ça plus en détail.

Ce cep, pourtant vigoureux il y a quelques jours est en train de crever.
Mon grand-père appelait ça "mourir d'apoplexie".

 C'est le seul petit bémol constaté. 
Je ne me lasse pas de contempler cette vigne, un bel alignement bien vert, bien maitrisé et, si on se place tout en haut de la vigne, côté sud, les 5 traits de verdure formés par les rangs bien homogènes car bien fournis en feuillage, soulignent la courbure harmonieuse du terrain, avec le Pinail au fond à l'horizon. L'entre-rang bien engazonné ne nuit pas à l'harmonie de l'ensemble et renforce le relief.

*Coulure : événement redouté des vignerons.
Les fleurs du raisin ne sont pas fécondées et
les grains ne se forment pas.
Les grappes ne sont pas compactes, la récolte sera maigre.

**Apoplexie : maladie de la vigne qui se manifeste subitement
sans symptôme apparent. En été, en quelques jours, le cep se dessèche brusquement.
La description la plus approchante semble être la Nécrose du bois [1], due à un champignon
qui se développerait dans les plaies, plaies de taille par exemple,
je pense aussi au décollement de l'écorce causée par le passage du fil de la débroussailleuse.

[1] - Les parasites de la vigne. Stratégie de protection raisonnée, adaptation de Jacques Blouin, éditions La Vigne Dunod, p.237, 2007"

samedi 22 juin 2013

On attend la floraison.

 Les conditions météorologiques.
Cette première moitié de l'année 2013 a été marquée par une météorologie tout à fait exceptionnelle. Un long hiver froid, suivi d'un printemps tout aussi froid et surtout très pluvieux, accompagné d'un déficit d'ensoleillement record, a contribué à perturber le développement de la vigne, celui de la nature aussi tout entière. Ce mauvais temps affecte, à la fin, notre caractère. Cette semaine, par exemple, il est tombé 75 mm d'eau en moins de 48 heures sur La Haumuche. Cette arrivée d'eau soudaine a provoqué le débordement des fossés, des petits ruisseaux, et des inondations dans les champs qui ne peuvent plus absorber toute cette eau. La vigne n'y a pas échappé. Arthur a été très surpris de voir ça, il s'est beaucoup amusé à ragouiller*, ça fiagoussait* * beaucoup, évidemment  l'eau est passée par dessus ses petites bottes. Il a fallu intervenir rapidement pour faire sécher tout ça.

"Mais pépé c'est quoi tout ça ? J'ai pas trop envie de nager la dedans, moi.
En fait ! Comment vas-tu t'y prendre pour faire du vin avec toute cette eau ?"
Il est déjà plein de bon sens ce petit.
Ainsi, au cours de ce printemps pourri qui nous fout le mouron*** et pendant que les herbes folles poussent de façon démesurée, la vigne végète et prend du retard sur son cycle. Nous avons peut-être 2 à 3 semaines de décalage par rapport à l'année dernière. Le 25 juin 2012, j'avais fixé la date des vendanges au 29 septembre 2012,  100 jours après la floraison. La vigne était donc en pleine fleur vers le 15 juin 2012. 

Le stade phénologique H : Boutons floraux détachés
 Tiens, je vous ai mis une photo de grappe de raisin en fleur parce que beaucoup n'en n'ont jamais vu. C'est plein de petites fleurs jaunes sur la grappe, avec des étamines et des pistils. Chaque petite fleur donnera, si tout va bien, une graine de raisin rouge ou blanc. Il a fallu que j'aille dans le jardin de mémé Didi, ma maman, pour trouver cette fleur sur la treille qui pousse depuis toujours le long du mur du fond de son jardin , bien orienté en plein sud.

Grappe de raisin de vigne en pleine fleur .
Mais dans la vigne, rien, on n'a pas vu une grappe en fleur. Les spécialistes de L'IFV (Institut Français de la Vigne et du Vin) diraient qu'elle en est encore au stade  phénologique H ou 17 ou encore 57 : Boutons floraux séparés. La floraison viendra espérons-le plus tard, quand il fera plus chaud, dans quelques jours.

Mais si, finalement nous avons trouvé quelques fleurs en cherchant bien. Et devinez-où ? Sur les ceps de Noah plantés au bout le plus au nord du 1er rang. Dans ce coin abrité par la haie et la maison qui jouxtent la vigne, les ceps y sont peut-être plus précoces qu'ailleurs.

Cep de Noah en pleine fleur dans le coin le plus abrité de la vigne.
 Mais quand même, elle est belle la vigne cette année. Il n'y a pas eu de gelées, la grêle est passée juste à côté. Les sarments sont en pleine pousse et ils sont bien chargés de fleurs en formation. Ils sont beaux, vigoureux, bien verts, indemnes de toute maladie cryptogamique. Il faut dire que j'ai retenu la leçon de l'année dernière. J'en suis au 3ème traitement. D'abord j'ai répandu 30 L de bouillie bordelaise au moment du débourrement, le 15 avril pour tuer les champignons qui se montrent dans les bourgeons qui s'ouvrent. J'ai recommencé le traitement le 7 juin avec 600 g de sulfate de cuivre auquel j'ai rajouté  1,250 kg de soufre mouillable. La pluie a tout emporté, alors j'ai remis ça le 16 juin. J'en ai mis moins cette fois : 540 g de bouillie bordelaise et 900 g de soufre (presque 2 pompes à traiter). J'ai surtout aspergé les nouvelles feuilles et les jeunes grappes en formation. Mais il a tellement plu qu'il faudra que je recommence avant l'arrivée de la prochaine perturbation. 

Cette grappe de Côt en est au stade phénologique H.
Les boutons floraux sont  détachés.
Les fleurs ne sont pas encore ouvertes.
Cette fleur de Pinot noir n'est pas plus avancée :
stade H ou 17 ou 57 disent les spécialistes de l'IFV.

Voilà où on en est aujourd'hui. On attend de comptabiliser 50 % de ceps au moins en fleur. Puis on comptera 100 jours pour fixer la date des vendanges. Pour cette année, ce sera en octobre, peut-être le 5, mais plus surement le 12, comme autrefois. Je me souviens on vendangeait toujours en octobre et même tard dans le mois parfois. On avait souvent froid et le temps était brumeux, mais c'était toujours une joyeuse fête quand même.
 
*Ragouiller : s'amuser à patauger dans une flaque d'eau.
On peut aussi ragouiller dans un seau en jouant avec l'eau qu'il contient.
Normalement, quand on ragouille ça éclabousse partout. et ça fiagousse.


** Fiagousser : c'est l'eau qui fait un bruit bien particulier quand vous marchez
dans une flaque ou dans un pré gorgé d'eau.
Quand l'eau est rentrée dans vos bottes et bien ça fiagousse aussi.
C'est le bruit rigolo produit par l'eau
qui monte et descend entre vos chevilles et la tige de botte.


***Mouron : Le mouron, c'est d'abord une petite herbe très envahissante dans les jardins.
On distingue le mouron blanc et le mouron rose.
Ce dernier est toxique, au moins pour les lapins.

Le mouron, c'est aussi un état psychologique proche de la dépression.
J'ai le mouron, j'ai le bourdon, ça se ressemble.
Alors "un p'tit coup d'blanc de La Haumuche" comme disait Maurice Fombeure,
ça vous remet les esprits en place...

mardi 4 juin 2013

L'échenillage* de la vigne de la Haumuche.



 Depuis plus d'un mois que la vigne a débourré, les sarments se sont développés un peu partout le long des ceps. Comme il n'y a plus de risques de gelées, il est temps de supprimer les jeunes pousses indésirables. Cet échenillage, en Français épamprage, est une opération qui s'effectue à la main. On caresse le tronc du cep en supprimant au passage bourgeons et jeunes branches, des gourmands, pour ne laisser que les sarments qui avaient été espérés lors de la taille. En général, ces gourmands ne sont pas porteurs de fleurs.  Ils vont pousser au détriment des sarments chargés de fruits et des bois pour l'année prochaine. Ils donnent un aspect disgracieux aux ceps. Trop près du sol, les feuilles de ces gourmands pourraient se retrouver aspergées de désherbant et provoquer la mort du cep. En plus cela facilitera grandement la taille de l'an prochain car il y aura bien moins de branches à couper. Il y a donc plein de bonnes raisons d'effectuer cette opération salutaire pour mes chers ceps. 

La vigne de la Haumuche est envahie par les boutons d'or.
J'en profite aussi pour arracher l'herbe qui ne manque pas de pousser au pied des ceps. Cette année, c'est une herbe vigoureuse ma foi, qui se nourrit de l'engrais que j'avais répandu après la taille. Je n'ose pas la couper à l'aide de la débroussailleuse, car j'ai peur d'érusser (de blesser la peau) l'écorce fragile du pied de vigne avec le fil nylon. Avec ce printemps exceptionnel, un des plus humides, froids et non ensoleillés que la météo a connus, la végétation ne se comporte pas comme d'habitude. La vigne pousse au ralenti, mais certaines herbes sauvages se sentent bien sous ce climat et ont profité de l'absence de Grand Mildiou pour envahir la vigne.

La vigne est envahie de boutons d'or. Il y a aussi peut-être quelques pieds de benoite des prés.
Je ne sais pas bien les distinguer. Le bouton d'or est plutôt toxique, tandis que la benoite, beaucoup plus petite, est pleine de vertus médicinales.

Tout en haut de la vigne, le premier rang est envahi par les boutons d'or.
En arrière-plan, derrière la haie, on distingue le tracteur de l'agriculteur voisin tirant un énorme pulvérisateur.
A l'odeur j'ai cru reconnaître que du désherbant était répandu dans l'immense champ jouxtant la vigne au Sud !
Les vacances de printemps de Grand Mildiou.
Et oui Grand Mildiou a délaissé sa vigne pendant presqu'un mois. Pendant ses "congés", il s'est d'abord transformé en monteur de cuisine IKEA à Issy Les Moulineaux (Il aurait fallu voir le Grand Scenic, fort grand heureusement, bourré dedans comme dessus avec 83 colis, plus de 600 kg de placards en kit, tiroirs, cartons...). Ensuite, il s'est offert les championnats de France de golf du CNRS à Aurillac (sans neige) et là-bas, l'organisateur a promulgué un classement fait exprès pour empêcher le duo Penot - Roland de gagner (un classement en brut, comme c'est la coutume, leur aurait donné une large victoire, mais en net avec un handicap bien plus bas que toutes les autres équipes, ils n'ont terminé que 3ème.).  Grand Mildiou a fini son périple en tant que charpentier couvreur à Lille et il a fait beau à Lille. Maintenant quand il pleut, l'eau qui tombe sur le toit de l’appentis ne s'écoule plus sur les vélos d'Aline, mais dans le réservoir de 250 L qui a été installé contre la dalle. Grand Mildiou et sa compagne La Suette y ont fait aussi la connaissance du dernier né de la famille, Camille, un bébé magnifique qui prend le sein de sa mère avec beaucoup de grâce. 

Désherbage à genoux.
Bref, au retour, la pauvre vigne était dans un piteux état.Toute la semaine, à raison de 3 heures au moins par jour, c'est à genoux (pour ne pas fatiguer le dos) que chaque cep a été débarrassé des mauvaises herbes qui l'étouffaient, des gourmands  mal placés, des nids de fourmis qui se  bâtissaient le long du tronc. Quelques cailloux ont été replacés aussi au pied de certains troncs. Même en se dépêchant un peu, il fallait bien une bonne minute parfois pour bichonner un cep. Et comme il y en a 1036, c'est en gros 18 heures qui ont été nécessaires pour que la vigne retrouve un aspect civilisé.
Un cep avant échenillage.
Le même cep, après échenillage.














J'en ai profité aussi pour examiner les jeunes ceps encore protégés par le tube de plastique jaune ou le grillage bleu. Dans les tubes, j'ai vu quelques cochenilles (cette fois elles sont vraies)  accrochées à l'abri sur le tronc encore tendre. Les grillages eux sont difficiles à désherber. Le liseron par exemple s'entrelace dans les mailles et casse. Je ne peux pas l'étaler comme il faut par terre, pour le traiter ensuite au désherbant spécial liseron.C'est le moyen le plus efficace que j'ai trouvé pour me débarrasser de cette plante envahissante. Imaginez un peu vendanger du Noah envahi par le liseron ! Avant ce désherbage manuel, j'ai quand même passé le fil en bordure des rangs et entre les ceps pour me donner un peu moins de travail ensuite car moins de longues herbes à arracher se présentaient à mes mains munies d'une truelle et d'un vieux sécateur-échenilleur.

Le sécateur-échenilleur.
Ah ! c'est un outil un peu spécial, un sécateur qui possède une minuscule hachette au dos d'une de ses mâchoires et qui lui donne une allure de cacatoès. Je l'ai trouvé tout rouillé tout grippé dans le fond du chai. Je l'ai rénové. Une électrolyse à la lessive Saint Marc, c'est formidable pour enlever la rouille sans détériorer l'objet. Bien aiguisé et affuté, il fonctionne parfaitement. La hachette me permet de sectionner des gourmands au niveau du sol, et le sécateur de  couper un bois mort ou de rattraper un oubli lors de la taille. Je ne sais pas si cet outil était fait pour ça au départ mais sa nouvelle fonction lui convient très bien.
Le sécateur - échenilleur, trouvé au fond du chai.
Le second outil que j'utilise est une simple truelle langue de chat. Il y a 3 ou 4 ans j'ai imaginé un outil spécial : une truelle de maçon triangulaire dont j'ai scié la pointe de façon à en former une double. J'avais aussi rajouté un tenon de bois en travers du manche pour bloquer la main quand j'enfonçais l'outil dans la terre. Les racines prises entre les 2 pointes s'arrachaient alors facilement en faisant levier. je n'ai pas réussi à remettre la main sur ma truelle à double pointe, dommage, j'aurais gagné un peu de temps.

Le résultat des courses.

 Après tous ces efforts, je suis assez content du résultat. La vigne a retrouvé un aspect tout à fait présentable. J'en suis même un peu fier et soulagé d'avoir su préserver ce patrimoine inestimable. C'est vrai qu'elle est bien belle la vigne en cette fin de printemps. Les jeunes pousses sont bien vertes, brillantes. Elles luisent au soleil donnant l'illusion d'une bande végétale suspendue au-dessus de ces jolis ceps bruns, avec de nombreuses fleurs en formation qui pointent au sommet des sarments encore courts. On peut, à ce moment, rêver d'une grande récolte de qualité. L'ensemble est aéré, bien équilibré, les travaux à venir seront bien plus faciles. Les traitements contre les maladies seront à faire avant les prochaines pluies, ça va aller vite avec une vigne dans cet état. Je vais aussi pouvoir retarder au maximum le traitement chimique des herbes sauvages et ainsi avoir des rangs propres jusqu'aux vendanges sans trop user de polluants.

L'échenillage est terminé et le passage de la tondeuse a fait disparaître toute trace d'herbes arrachées.
* échenillage  : c'est le terme que j'ai toujours entendu prononcer
par mon père et mon grand-père pour désigner
l'opération qui consiste à supprimer, au printemps,
les jeunes pousses. Muni de
gants solides,
on enlève les bourgeons et les jeunes branches en passant sa main
autour du  tronc, en remontant jusqu'aux onglets.