mercredi 9 octobre 2013

Les travaux d'été dans la vigne de La Haumuche

Aujourd'hui, mardi 8 octobre 2013, je viens de terminer les derniers préparatifs de la vigne en vue des vendanges programmées samedi prochain 12 octobre. 
 Ça y est, elle est prête la vigne, "maquillée" comme je le souhaitais, elle attend la visite de toute la famille pour cette journée de fête et de retrouvailles
Des 5 rangs pas un seul seul pampre ne dépasse. Ils sont tous bien  maintenus verticalement par les 2 boucles de fil de fer mises en place en juillet et le dessus a été coupé à la cisaille. Sous le feuillage rougissant, pendent de magnifiques grappes, des grappes noires aux grains plus ou moins gros suivant le cépage, des grappes jaunes dorées de Chardonnay et de Sauvignon, des grappes un peu vertes de Noah. La récolte promet d'être de qualité et abondante. On peut quand même relever de-ci delà des grains desséchés, quelques grains pourris aussi, il faudra peut-être faire un peu de triage des grappes. Ces grappes sont bien dégagées, pas d'herbes folles sous les ceps ni trop de feuillages pour leur cacher ces dernières heures de soleil si importantes pour faire monter le taux de sucre. Dans l'ensemble, c'est la présence de ceps bien chargés de raisins qui domine à la vue. C'est une bien belle perspective, avec, entre les rangs, un beau tapis de gazon tout juste tondu bien ras.  J'ai même un peu peaufiné en fauchant les abords et le pré de la vigne de René Bercy.
Et puis, comme souvent observé le soir sur ce site de La Haumuche, en cette soirée d'automne, il régnait une atmosphère toute particulière. Un calme tout à fait insolite s’installe. Les oiseaux se taisent, le soleil disparaît derrière le Pinail, les couleurs du fond lointain s'estompent, le vent se fait douce caresse. J'écoute ce silence. la lumière se fait extraterrestre, les rouges ressortent, les jaunes les accompagnent, les bleus des raisins scintillent sous les derniers rayons réfléchis du soleil rasant. La terre dégage une agréable odeur de foin frais, de gazon fraîchement coupé. Comme pour me remercier la vigne se pare de ses plus beaux atours. C'est un moment magique, baigné de sérénité et de paix qui appelle à la méditation. J'ai du mal à m'en extraire. Si j'y croyais, j'entendrais presque les murmures des esprits de mes ancêtres... 

Les travaux d'entretien de la vigne en été.
Pour en arriver à avoir une vigne bien propre, comme dans les grands domaines, ce ne sont pas moins de 8 traitements à la bouillie bordelaise qu'il a fallu opérer régulièrement, de préférence avant chaque période pluvieuse. Les derniers passages, je les ai faits assis sur le tracteur, avec la pompe à traiter accrochée sur le dos et posée sur le quarter du moteur. En même temps, j'enclenchais la tondeuse ventrale et je tondais l'herbe dans les rangs. Ça marche super bien et ce n'est pas fatigant. Je dois juste m'arrêter tous les 10 m pour remettre de la pression dans la pompe car je ne peux pas tenir la lance du pulvérisateur, le levier de la pompe et le volant du tracteur en même temps. J'ai bien essayé de coincer le volant avec un genou, mais il y a encore trop de petits cahots et le tracteur dévie de sa route ! Ça doit  doit être assez cocasse de me voir faire, dommage, je n'ai pas de photos à montrer.
Sauf par forte chaleur, ce qui est arrivé une fois ou 2, j'ai mélangé du soufre mouillable à la bouillie pour mieux combattre l'oïdium.
J'ai aussi traité sous les ceps avec du glyphosate, (une fois en juin et une fois en août), car, avec les orages d'été, l'herbe a beaucoup poussé. A chaque fois, il faut veiller à bien écheniller les pieds assez hauts et bien relever les branches afin qu'aucune feuille de vigne ne soit arrosée de produit mortel. Il faut prendre son mal en patience et ne pas trop compter son temps. 
Enfin, le passage de la tondeuse entre les rangs à 6 reprises a été rendu nécessaire pour ne pas se laisser déborder par les herbes folles.
J'ai comptabilisé plus de 70 heures pour effectuer ces diverses opérations. C'est un loisir qui m'occupe bien, mais peut-être pas encore autant que le golf.

Le passage des experts.
Évidemment toutes ces interventions ne se faisaient pas sans évaluations. Des experts de tous âges, sont régulièrement venus visiter la vigne et prodiguer leurs critiques et leurs encouragements.

D"abord on regarde bien partout.
"Chapeau, celui-là, il va bien donner !"
"Cette grappe change de couleur, en fait, c'est la véraison* qui commence."
"Moi j'ai même pas mis mes bottes pour venir
tellement cette vigne est propre."
C'est mieux d'être tout petit, pas besoin de se baisser
pour expertiser les ceps.
"Regarde derrière-toi Aline, il y a une coccinelle".
"Et moi, je cherche un brin d'herbe à arracher,
mais j'en trouve pas, tellement c'est propre."


"Regarde pépé, j'ai arraché toutes les mauvaises herbes qui restaient."





"C'est quoi papa ce cépage, du Gamay ou du Pinot noir ?"
"Ben... c'est du Noah, regarde un peu comme il est haut."

"Coccinelle, demoiselle, vole jusqu'aux cieux..."
"Passez sous le pont."

"Bon, on y va ? Je voudrais bien aller me baigner maintenant."

"OK, on y va, on rentre à pied sur le Trait."
Et voilà le travail.

* Véraison : période au cours de laquelle les baies s'éclaircissent pour le raisin blanc
et rougissent pour le raisin noir. Les grappes paraissent malades !




dimanche 21 juillet 2013

Floraison, Nouaison, la belle saison de la vigne de La Haumuche

La floraison a vraiment tardé à se produire cette année. 
Mais elle a eu lieu quand même durant la deuxième moitié de juin. Tout c'est très bien passé, il n'y a pas eu de coulure* apparente. Les vendanges ont donc été fixées au 12 octobre 2013, soit environ 100 jours après la pleine floraison. Les traitements à la bouillie bordelaise et au soufre mouillable ont été opérés dans de bonnes conditions juste avant et juste après la floraison, ce qui fait que je n'ai pas vu de trace de maladie quelconque.
Et puis, au début de juillet, le temps a radicalement changé. Le température a grimpé de plus de 10 degrés d'un seul coup et un grand soleil généreux a tout inondé évaporant l'eau stagnant dans la vigne et réchauffant les ceps.
La nouaison a été rapide.
Les conséquences immédiates de ce beau temps sec se sont traduites par une augmentation radicale de la pression osmotique induisant la formation de grappes magnifiques et particulièrement nombreuses. Les fleurs se sont transformées en fruits qui, très vite, se sont mis à grossir pour atteindre aujourd'hui la taille d'un petit pois. C'est un régal pour les yeux tous ces petits points verts cachés au milieu des feuilles.

Ce cep d'hybride de 18315 (devenu Villard Noir depuis son anoblissement)
regorge de raisins.
Ce cep de Pinot noir n'est pas en reste. Les grappes bien formées
commencent à pendre sous les rameaux.













La pousse est fulgurante, le relevage et le rognage ont du être effectués rapidement.
 C'est à croire que la végétation veut à tout pris rattraper son retard. Les rameaux poussent à une vitesse folle, de plusieurs centimètres par jour, certains dépassent le mètre de long en quelques jours. Il faut palisser toutes ces branches pour que la vigne conserve une belle forme bien régulière, comme dans les grands crus. 
En juin j'ai d'abord remonté une première boucle de fil de fer avec les coulissants au niveau de la première encoche des piquets d'extrémité et les fils de fer accroché aux pointes recourbées fichées dans chaque piquet à environ 75 cm du sol. J'ai même effectué cette opération assis sur le mini tracteur combinant le relevage et la tonte.
La deuxième série de boucle de fils de fer que j'avais mise en place l'été dernier a été relevée elle aussi le 12 juillet, mais à pied cette fois et avec les mains ! Les rameaux sont trop nombreux et certains, les ceps de Plantet (54 55) par exemple, sont très cassants. Il faut plus de minutie et le tracteur avancerait trop vite. De plus je remonte les 2 côtés du rang au même passage, en accrochant les fils de fer aux crochets (pointes recourbées) plantés au sommet de chaque piquet à environ 1 m 10 du sol et les coulissants le plus haut possible le long des piquets de bout.
Ensuite un coup de cisaille sur le dessus des rangs vient égaliser tout ça, c'est du plus bel effet, à la fin il n'y a pas une feuille qui dépasse.
Encore un passage de la tondeuse la veille du 14 juillet et un traitement à la bouillie bordelaise, le lendemain très tôt, à raison de 300 g par pompe va j'espère continuer à protéger la vigne. Les températures devant dépasser 30 °C je n'ai pas mis de soufre dans la pompe car à ces températures, le soufre brûle la végétation. Le sulfate de cuivre mélangé à la chaux devrait protéger aussi un peu les jeunes rafles de la suette (oïdium).

Apoplexie**.
Cette année encore, quelques ceps en pleine croissance se dessèchent subitement. La sève ne circule plus dans la plante, les feuilles jaunissent et tombent le cep finit par crever, victime d'une "apoplexie". C'est comme ça que mon grand-père désignait ce fléau. L'apoplexie est mentionnée dans les ouvrages spécialisés sur la vigne. Je ne sais pas ce que c'est, qui en est la cause, mais cela se produit sur 2 ou 3 ceps chaque année. On pourrait croire que le cep a manqué d'eau, mais ce n'est pas le cas cette année. Les ceps atteints sont plutôt isolés au milieu de ceps en parfaite santé. Quoique, si on regarde l'illustration jointe, on s'aperçoit que le cep malade est voisin d'un tout jeune cep, à sa gauche, qui a dû lui même remplacer un autre cep malade l'année dernière ou il y a 2 ans. Il ne faudrait pas que cette maladie se répande, je regarderai ça plus en détail.

Ce cep, pourtant vigoureux il y a quelques jours est en train de crever.
Mon grand-père appelait ça "mourir d'apoplexie".

 C'est le seul petit bémol constaté. 
Je ne me lasse pas de contempler cette vigne, un bel alignement bien vert, bien maitrisé et, si on se place tout en haut de la vigne, côté sud, les 5 traits de verdure formés par les rangs bien homogènes car bien fournis en feuillage, soulignent la courbure harmonieuse du terrain, avec le Pinail au fond à l'horizon. L'entre-rang bien engazonné ne nuit pas à l'harmonie de l'ensemble et renforce le relief.

*Coulure : événement redouté des vignerons.
Les fleurs du raisin ne sont pas fécondées et
les grains ne se forment pas.
Les grappes ne sont pas compactes, la récolte sera maigre.

**Apoplexie : maladie de la vigne qui se manifeste subitement
sans symptôme apparent. En été, en quelques jours, le cep se dessèche brusquement.
La description la plus approchante semble être la Nécrose du bois [1], due à un champignon
qui se développerait dans les plaies, plaies de taille par exemple,
je pense aussi au décollement de l'écorce causée par le passage du fil de la débroussailleuse.

[1] - Les parasites de la vigne. Stratégie de protection raisonnée, adaptation de Jacques Blouin, éditions La Vigne Dunod, p.237, 2007"

samedi 22 juin 2013

On attend la floraison.

 Les conditions météorologiques.
Cette première moitié de l'année 2013 a été marquée par une météorologie tout à fait exceptionnelle. Un long hiver froid, suivi d'un printemps tout aussi froid et surtout très pluvieux, accompagné d'un déficit d'ensoleillement record, a contribué à perturber le développement de la vigne, celui de la nature aussi tout entière. Ce mauvais temps affecte, à la fin, notre caractère. Cette semaine, par exemple, il est tombé 75 mm d'eau en moins de 48 heures sur La Haumuche. Cette arrivée d'eau soudaine a provoqué le débordement des fossés, des petits ruisseaux, et des inondations dans les champs qui ne peuvent plus absorber toute cette eau. La vigne n'y a pas échappé. Arthur a été très surpris de voir ça, il s'est beaucoup amusé à ragouiller*, ça fiagoussait* * beaucoup, évidemment  l'eau est passée par dessus ses petites bottes. Il a fallu intervenir rapidement pour faire sécher tout ça.

"Mais pépé c'est quoi tout ça ? J'ai pas trop envie de nager la dedans, moi.
En fait ! Comment vas-tu t'y prendre pour faire du vin avec toute cette eau ?"
Il est déjà plein de bon sens ce petit.
Ainsi, au cours de ce printemps pourri qui nous fout le mouron*** et pendant que les herbes folles poussent de façon démesurée, la vigne végète et prend du retard sur son cycle. Nous avons peut-être 2 à 3 semaines de décalage par rapport à l'année dernière. Le 25 juin 2012, j'avais fixé la date des vendanges au 29 septembre 2012,  100 jours après la floraison. La vigne était donc en pleine fleur vers le 15 juin 2012. 

Le stade phénologique H : Boutons floraux détachés
 Tiens, je vous ai mis une photo de grappe de raisin en fleur parce que beaucoup n'en n'ont jamais vu. C'est plein de petites fleurs jaunes sur la grappe, avec des étamines et des pistils. Chaque petite fleur donnera, si tout va bien, une graine de raisin rouge ou blanc. Il a fallu que j'aille dans le jardin de mémé Didi, ma maman, pour trouver cette fleur sur la treille qui pousse depuis toujours le long du mur du fond de son jardin , bien orienté en plein sud.

Grappe de raisin de vigne en pleine fleur .
Mais dans la vigne, rien, on n'a pas vu une grappe en fleur. Les spécialistes de L'IFV (Institut Français de la Vigne et du Vin) diraient qu'elle en est encore au stade  phénologique H ou 17 ou encore 57 : Boutons floraux séparés. La floraison viendra espérons-le plus tard, quand il fera plus chaud, dans quelques jours.

Mais si, finalement nous avons trouvé quelques fleurs en cherchant bien. Et devinez-où ? Sur les ceps de Noah plantés au bout le plus au nord du 1er rang. Dans ce coin abrité par la haie et la maison qui jouxtent la vigne, les ceps y sont peut-être plus précoces qu'ailleurs.

Cep de Noah en pleine fleur dans le coin le plus abrité de la vigne.
 Mais quand même, elle est belle la vigne cette année. Il n'y a pas eu de gelées, la grêle est passée juste à côté. Les sarments sont en pleine pousse et ils sont bien chargés de fleurs en formation. Ils sont beaux, vigoureux, bien verts, indemnes de toute maladie cryptogamique. Il faut dire que j'ai retenu la leçon de l'année dernière. J'en suis au 3ème traitement. D'abord j'ai répandu 30 L de bouillie bordelaise au moment du débourrement, le 15 avril pour tuer les champignons qui se montrent dans les bourgeons qui s'ouvrent. J'ai recommencé le traitement le 7 juin avec 600 g de sulfate de cuivre auquel j'ai rajouté  1,250 kg de soufre mouillable. La pluie a tout emporté, alors j'ai remis ça le 16 juin. J'en ai mis moins cette fois : 540 g de bouillie bordelaise et 900 g de soufre (presque 2 pompes à traiter). J'ai surtout aspergé les nouvelles feuilles et les jeunes grappes en formation. Mais il a tellement plu qu'il faudra que je recommence avant l'arrivée de la prochaine perturbation. 

Cette grappe de Côt en est au stade phénologique H.
Les boutons floraux sont  détachés.
Les fleurs ne sont pas encore ouvertes.
Cette fleur de Pinot noir n'est pas plus avancée :
stade H ou 17 ou 57 disent les spécialistes de l'IFV.

Voilà où on en est aujourd'hui. On attend de comptabiliser 50 % de ceps au moins en fleur. Puis on comptera 100 jours pour fixer la date des vendanges. Pour cette année, ce sera en octobre, peut-être le 5, mais plus surement le 12, comme autrefois. Je me souviens on vendangeait toujours en octobre et même tard dans le mois parfois. On avait souvent froid et le temps était brumeux, mais c'était toujours une joyeuse fête quand même.
 
*Ragouiller : s'amuser à patauger dans une flaque d'eau.
On peut aussi ragouiller dans un seau en jouant avec l'eau qu'il contient.
Normalement, quand on ragouille ça éclabousse partout. et ça fiagousse.


** Fiagousser : c'est l'eau qui fait un bruit bien particulier quand vous marchez
dans une flaque ou dans un pré gorgé d'eau.
Quand l'eau est rentrée dans vos bottes et bien ça fiagousse aussi.
C'est le bruit rigolo produit par l'eau
qui monte et descend entre vos chevilles et la tige de botte.


***Mouron : Le mouron, c'est d'abord une petite herbe très envahissante dans les jardins.
On distingue le mouron blanc et le mouron rose.
Ce dernier est toxique, au moins pour les lapins.

Le mouron, c'est aussi un état psychologique proche de la dépression.
J'ai le mouron, j'ai le bourdon, ça se ressemble.
Alors "un p'tit coup d'blanc de La Haumuche" comme disait Maurice Fombeure,
ça vous remet les esprits en place...

mardi 4 juin 2013

L'échenillage* de la vigne de la Haumuche.



 Depuis plus d'un mois que la vigne a débourré, les sarments se sont développés un peu partout le long des ceps. Comme il n'y a plus de risques de gelées, il est temps de supprimer les jeunes pousses indésirables. Cet échenillage, en Français épamprage, est une opération qui s'effectue à la main. On caresse le tronc du cep en supprimant au passage bourgeons et jeunes branches, des gourmands, pour ne laisser que les sarments qui avaient été espérés lors de la taille. En général, ces gourmands ne sont pas porteurs de fleurs.  Ils vont pousser au détriment des sarments chargés de fruits et des bois pour l'année prochaine. Ils donnent un aspect disgracieux aux ceps. Trop près du sol, les feuilles de ces gourmands pourraient se retrouver aspergées de désherbant et provoquer la mort du cep. En plus cela facilitera grandement la taille de l'an prochain car il y aura bien moins de branches à couper. Il y a donc plein de bonnes raisons d'effectuer cette opération salutaire pour mes chers ceps. 

La vigne de la Haumuche est envahie par les boutons d'or.
J'en profite aussi pour arracher l'herbe qui ne manque pas de pousser au pied des ceps. Cette année, c'est une herbe vigoureuse ma foi, qui se nourrit de l'engrais que j'avais répandu après la taille. Je n'ose pas la couper à l'aide de la débroussailleuse, car j'ai peur d'érusser (de blesser la peau) l'écorce fragile du pied de vigne avec le fil nylon. Avec ce printemps exceptionnel, un des plus humides, froids et non ensoleillés que la météo a connus, la végétation ne se comporte pas comme d'habitude. La vigne pousse au ralenti, mais certaines herbes sauvages se sentent bien sous ce climat et ont profité de l'absence de Grand Mildiou pour envahir la vigne.

La vigne est envahie de boutons d'or. Il y a aussi peut-être quelques pieds de benoite des prés.
Je ne sais pas bien les distinguer. Le bouton d'or est plutôt toxique, tandis que la benoite, beaucoup plus petite, est pleine de vertus médicinales.

Tout en haut de la vigne, le premier rang est envahi par les boutons d'or.
En arrière-plan, derrière la haie, on distingue le tracteur de l'agriculteur voisin tirant un énorme pulvérisateur.
A l'odeur j'ai cru reconnaître que du désherbant était répandu dans l'immense champ jouxtant la vigne au Sud !
Les vacances de printemps de Grand Mildiou.
Et oui Grand Mildiou a délaissé sa vigne pendant presqu'un mois. Pendant ses "congés", il s'est d'abord transformé en monteur de cuisine IKEA à Issy Les Moulineaux (Il aurait fallu voir le Grand Scenic, fort grand heureusement, bourré dedans comme dessus avec 83 colis, plus de 600 kg de placards en kit, tiroirs, cartons...). Ensuite, il s'est offert les championnats de France de golf du CNRS à Aurillac (sans neige) et là-bas, l'organisateur a promulgué un classement fait exprès pour empêcher le duo Penot - Roland de gagner (un classement en brut, comme c'est la coutume, leur aurait donné une large victoire, mais en net avec un handicap bien plus bas que toutes les autres équipes, ils n'ont terminé que 3ème.).  Grand Mildiou a fini son périple en tant que charpentier couvreur à Lille et il a fait beau à Lille. Maintenant quand il pleut, l'eau qui tombe sur le toit de l’appentis ne s'écoule plus sur les vélos d'Aline, mais dans le réservoir de 250 L qui a été installé contre la dalle. Grand Mildiou et sa compagne La Suette y ont fait aussi la connaissance du dernier né de la famille, Camille, un bébé magnifique qui prend le sein de sa mère avec beaucoup de grâce. 

Désherbage à genoux.
Bref, au retour, la pauvre vigne était dans un piteux état.Toute la semaine, à raison de 3 heures au moins par jour, c'est à genoux (pour ne pas fatiguer le dos) que chaque cep a été débarrassé des mauvaises herbes qui l'étouffaient, des gourmands  mal placés, des nids de fourmis qui se  bâtissaient le long du tronc. Quelques cailloux ont été replacés aussi au pied de certains troncs. Même en se dépêchant un peu, il fallait bien une bonne minute parfois pour bichonner un cep. Et comme il y en a 1036, c'est en gros 18 heures qui ont été nécessaires pour que la vigne retrouve un aspect civilisé.
Un cep avant échenillage.
Le même cep, après échenillage.














J'en ai profité aussi pour examiner les jeunes ceps encore protégés par le tube de plastique jaune ou le grillage bleu. Dans les tubes, j'ai vu quelques cochenilles (cette fois elles sont vraies)  accrochées à l'abri sur le tronc encore tendre. Les grillages eux sont difficiles à désherber. Le liseron par exemple s'entrelace dans les mailles et casse. Je ne peux pas l'étaler comme il faut par terre, pour le traiter ensuite au désherbant spécial liseron.C'est le moyen le plus efficace que j'ai trouvé pour me débarrasser de cette plante envahissante. Imaginez un peu vendanger du Noah envahi par le liseron ! Avant ce désherbage manuel, j'ai quand même passé le fil en bordure des rangs et entre les ceps pour me donner un peu moins de travail ensuite car moins de longues herbes à arracher se présentaient à mes mains munies d'une truelle et d'un vieux sécateur-échenilleur.

Le sécateur-échenilleur.
Ah ! c'est un outil un peu spécial, un sécateur qui possède une minuscule hachette au dos d'une de ses mâchoires et qui lui donne une allure de cacatoès. Je l'ai trouvé tout rouillé tout grippé dans le fond du chai. Je l'ai rénové. Une électrolyse à la lessive Saint Marc, c'est formidable pour enlever la rouille sans détériorer l'objet. Bien aiguisé et affuté, il fonctionne parfaitement. La hachette me permet de sectionner des gourmands au niveau du sol, et le sécateur de  couper un bois mort ou de rattraper un oubli lors de la taille. Je ne sais pas si cet outil était fait pour ça au départ mais sa nouvelle fonction lui convient très bien.
Le sécateur - échenilleur, trouvé au fond du chai.
Le second outil que j'utilise est une simple truelle langue de chat. Il y a 3 ou 4 ans j'ai imaginé un outil spécial : une truelle de maçon triangulaire dont j'ai scié la pointe de façon à en former une double. J'avais aussi rajouté un tenon de bois en travers du manche pour bloquer la main quand j'enfonçais l'outil dans la terre. Les racines prises entre les 2 pointes s'arrachaient alors facilement en faisant levier. je n'ai pas réussi à remettre la main sur ma truelle à double pointe, dommage, j'aurais gagné un peu de temps.

Le résultat des courses.

 Après tous ces efforts, je suis assez content du résultat. La vigne a retrouvé un aspect tout à fait présentable. J'en suis même un peu fier et soulagé d'avoir su préserver ce patrimoine inestimable. C'est vrai qu'elle est bien belle la vigne en cette fin de printemps. Les jeunes pousses sont bien vertes, brillantes. Elles luisent au soleil donnant l'illusion d'une bande végétale suspendue au-dessus de ces jolis ceps bruns, avec de nombreuses fleurs en formation qui pointent au sommet des sarments encore courts. On peut, à ce moment, rêver d'une grande récolte de qualité. L'ensemble est aéré, bien équilibré, les travaux à venir seront bien plus faciles. Les traitements contre les maladies seront à faire avant les prochaines pluies, ça va aller vite avec une vigne dans cet état. Je vais aussi pouvoir retarder au maximum le traitement chimique des herbes sauvages et ainsi avoir des rangs propres jusqu'aux vendanges sans trop user de polluants.

L'échenillage est terminé et le passage de la tondeuse a fait disparaître toute trace d'herbes arrachées.
* échenillage  : c'est le terme que j'ai toujours entendu prononcer
par mon père et mon grand-père pour désigner
l'opération qui consiste à supprimer, au printemps,
les jeunes pousses. Muni de
gants solides,
on enlève les bourgeons et les jeunes branches en passant sa main
autour du  tronc, en remontant jusqu'aux onglets.
 

vendredi 26 avril 2013

la chimie de la Vigne de la Haumuche.

Débourrage.
Ça y est, la vigne débourre. C'est parti, les bourgeons gonflent à vue d’œil et les premières ébauches de feuilles apparaissent. "Ce n'est pas le cas du vigneron, lui il ne débourre jamais" comme dirait Mémé La Suette.
Mémé La  Suette, c'est la compagne du Grand Mildiou. Elle sait faire de bon petits plats et surtout c'est elle qui mijote les repas des vendanges. Elle est Charentaise, alors elle ne supporte pas qu'on appelle Pineau, le vermouth que l'on fabrique à partir de notre eau de vie qui sent l'alcool à brûler. Et aussi il faut prononcer la sueeette en appuyant bien sur le ette, c'est l'accent charentais...
Au 22 avril 2012, on voyait nettement les pampres qui faisaient bien 5 à 8 cm de hauteur. Cette année, la vigne a pris au moins 15 jours de retard sur l'année dernière. 

Comme un papillon sortant de sa chrysalide, le bourgeon s'ouvre
et laisse pousser la feuille.
Ce bourgeon veut-il nous dire quelque chose ? Un drôle de personnage !
Ces nouvelles pousses naissantes sont d'une fragilité extrême. Il ne faut surtout pas les toucher, elles tombent de peur. Le moindre effleurement, la moindre vibration les détachent du bois. C'est pourquoi tout doit être prêt au moment du débourrage. Il n'est plus question d'attacher les bois par exemple. Il n'est  plus question non plus de tendre les fils de fer ou de poser à terre les boucles de maintien. Plus aucune manipulation n'est autorisée. Alors ce n'est pas le moment que le sanglier vienne chasser le lombric dans les rangs de la vigne ou que le chien égaré vienne flairer le faisan. Ils pourraient faire de gros dégâts. 
Il ne reste qu'à regarder pousser les sarments en espérant que la météo sera favorable. En effet, le plus gros risque maintenant ce sont les gelées qui tueraient irrémédiablement ces jeunes pousses fragiles. A la moindre gelée blanche, c'en serait fini de ces bourgeons. Il ne resterait plus dans ce cas qu'à attendre le réveil du bourillon pour essayer de sauver une maigre récolte. Les Saints de glace* ne sont pas encore passés.
Cette jeune bouture de pinot noir faite en 2012 et protégée par le tube
en plastique paraît un peu en avance sur les autres.
Ce vieux cep, bien chargé ! semble indécis, il prend son temps
pour débourrer. Les bourgeons sont juste gonflés.
Quelques cépages ont un peu d'avance, d'autres un peu de retard. Mais globalement la précocité des uns ou la méfiance des autres ont été atténuées par le climat que nous avons connu en ce début de printemps 2013. Cette année, le froid s'est prolongé tard dans le printemps, la pluie et même la neige ont fortement perturbé le début de saison et la chaleur est venue d'un seul coup et de façon violente même. On imagine assez la montée de pression osmotique induite par cette élévation brutale de température. Les vannes ont lâché, la sève s'est précipitée dans les bourgeons avec violence forçant le débourrage. C'est comme si la nature, en quelques jours, voulait rattraper son retard. 
Il va falloir maintenant contrôler la croissance des végétaux, les protéger des maladies, maîtriser l'environnement des ceps, à savoir les herbes folles qui concurrencent la vigne dans ce terrain pauvre. La chimie m'aide beaucoup dans cette mission.

La chimie appliquée à la vigne.
Engrais, traitements des maladies et désherbage sont les 3 interventions dans la Vigne de la Haumuche qui relèvent de la chimie de la vigne. Sur le fond, je suis bien conscient que ces apports chimiques et artificiels devraient être réduits au minimum et même nuls, mais je n'ai pas trouvé de solution satisfaisante autre que celles que j'évoque maintenant.

L'apport d'engrais.
En début de saison, j'effectue depuis 6 ans maintenant un apport d'engrais chimique spécialement dosé pour la vigne. Cet engrais est acheté à la coopérative agricole locale. Cette année, j'ai fait un apport d'environ 22 kg d'engrais sur le millier de ceps en saupoudrant au pied de chacun d'eux une petite poignée de granulés bleus, soit environ 22 g par cep. Certaines années, en 2010, 2011 surtout, on pouvait voir les granulés 2 mois après la distribution du produit. L'année dernière, un rond vert d'herbe plus poussée qu'ailleurs a matérialisé autour de chaque cep la pénétration des minéraux dans le sol. J'ai été beaucoup gêné pour faire disparaître ces herbes par la suite. Cette année, les fortes pluies ont fait disparaître l'engrais répandu le 4 avril  en quelques jours et je n'ai encore rien remarqué au niveau d'une pousse plus abondante des herbes autour des ceps. L'engrais aurait-il été entraîné directement dans le sol plus profond ? L'an prochain, je pense que je réduirai encore l'apport d'engrais si les ceps se portent  aussi bien que maintenant.

Le traitement à la bouillie bordelaise.
A titre préventif, je pense d'ailleurs que la bouillie bordelaise n'est pas curative, j'ai aspergé chaque cep avec ledit produit, le 15 avril, juste avant que la vigne ne débourre. Je dose la bouille à 300 g de sulfate de cuivre pour une pompe de 16 L. IL m'a fallu 2 pompes environ pour traiter toute la vigne. Chaque cep et son environnement proche ont donc reçu une dose de l'ordre de 600 mg de ce produit toléré en agriculture biologique. Je vais renouveler cette opération régulièrement par la suite. Il faudrait le faire tous les 15 jours environ à partir de la floraison !
La petite installation pour le traitement : j'apporte l'eau dans des bidons de 30 L, j'ai aussi une réserve avec un bidon de 100 L. Je dilue le produit dans un seau. La pompe pleine est posée sur un vieux tréteau qui servait à égoutter le linge autrefois, juste à bonne hauteur pour enfiler les bretelles sans me faire mal au dos.
Plus tard, si la saison est humide, je rajouterai du soufre mouillable dans la pompe, pour traiter contre la suette, l'oïdium en fait. Je l'ai fait trop tard l'année dernière,  ce qui a complètement détruit la récolte 2012. J'ai même commencé l'année dernière à rajouter aussi du purin d'ortie lors d'un traitement, à raison d'un litre de purin, que je fais moi-même, par pompe. Je n'ai pas pu vraiment en mesurer le résultat, mais bon, c'est naturel et ça sent bon !!
Lors d'un prochain traitement à la bouillie bordelaise, je reviendrai à l'occasion sur les souvenirs que ce liquide bleu ont ravivés dans ma mémoire : la façon dont je préparais la sauce quand j'étais encore enfant sous la surveillance de mon grand-père, le quart du soldat de la guerre de 14-18 etc.

les désherbages.
Le désherbage chimique ne se pratiquait pas autrefois. Mon père a commencé avec beaucoup de réticences à introduire du désherbant lorsqu'il n'avait plus la possibilité de désherber physiquement la vigne en retournant la terre (la mule de Gilles était morte.). Là aussi que de souvenirs me restent, des souvenirs d'ampoules et de courbatures par exemple. J'évoquerai ça aussi quand l'occasion se présentera. Quelle méthode est-ce que je pratique pour faire en sorte que la vigne ne soit pas envahie par de grandes herbes folles qui étoufferaient les raisins les empêchant de mûrir et fatigueraient les ceps en les privant de nourriture ? Comme je n'ai aucun moyen mécanique adapté pour labourer, sarcler, "motobiner" le sol, je traite au désherbant chimique.
Alors, tout commence à la fin de l'hiver. Les hivers précédents je pulvérisais un désherbant spécial vigne qui tuait les graminées vivantes et empêchait beaucoup de graines de germer. Puis, en mai et éventuellement en juillet, je pulvérisais du glyphosate sous les ceps sur une largeur de l'ordre de 80 cm, soit 40 cm de chaque côté des ceps. Au centre du rang, sur la bande végétale restante, je pulvérisais du désherbant pour gazon pour détruire le trèfle et autres pissenlits et ne garder qu'une  bande herbeuse donc, que j'ai tondue quatre ou cinq fois dans l'année.
Cette année, comme les graminées ont pratiquement disparu sous les ceps, je n'ai pas traité au désherbant spécial vigne.Je m'en mordrai peut-être les doigts, mais en attendant ça fait un apport de polluants en moins. J'ai seulement passé mon désherbant pour gazon en m'approchant un peu des ceps pour détruire les herbes qui profitent de cette zone sans végétation pour s'installer rapidement (mouron, chardon, pissenlits, trèfle, etc.). J'en ai répandu 30 L avec mon pulvérisateur, c'est bien assez. J'interviendrai au glyphosate le plus tard possible, sans doute après l'échenillage pour ne pas risquer d'atteindre le feuillage des ceps.
J'ai attendu une bonne semaine que le désherbant agisse et hier 25 avril 2013, j'ai procédé à la première tonte de l'année avec ma petite tondeuse auto-portée. Tout s'est bien passé, l'herbe n'était pas trop haute à l'exception des abords de la cabane du vigneron (en fait notre caravane de camping que j'ai parquée là il y à 3 ou 4 ans maintenant). Je m'y abrite en cas de forte pluie, y stocke quelques bouteilles d'eau, le minimum, de peur que tout ne soit dérobé, mais curieusement, la cabane n'a pas encore été visitée (ce n'est pas comme le chai, mais c'est une autre histoire...) La caravane devait aussi servir de lieu de sieste pour les petits lors des vendanges, mais il n'y a pas eu encore moyen, c'est trop rigolo de jouer à l'intérieur et de sauter sur le lit !

Conclusion

 Bon voilà, retenons que la vigne a débourré juste au moment de la naissance de notre petit Camille. Un Lillois qui se porte très bien comme sa maman Anna (notre experte biologiste et nièce de Grand Mildiou qui gagne un nouveau grade par la même occasion). Il faudra rajouter un couvert aux prochaines vendanges...

* Saints de Glace : les 11, 12, 13 mai sont les,
jours où l'on fête respectivement Saint Mamert, saint Pancrace et Saint Servais.
Un épisode climatique se produit souvent, associé à un refroidissement
et des gelées nocturnes qui détruisent beaucoup de jeunes végétaux.
Cet épisode pourrait correspondre à une des dernières oscillations
de l’anticyclone de Sibérie (?) qui apportent de façon quasi périodique
de l'air froid polaire sur nos régions.
A cette période, l'air peut parfois ne pas être suffisamment réchauffé pour éviter ces gelées.
Durant l'hiver on obtient une période de grand froid. Plus tard dans la saison on observe juste des journées un peu fraîches.

Pour être plus sûr, mon grand-père préconisait d'attendre la Foire de Sèvres-Anxaumont (la fameuse foire aux anguillettes) pour faire ses plantations de plantes gélives dans le jardin.
Cette foire se tient au début de mai.
Donc tant que ladite foire n'a pas eu lieu, on peut s'inquiéter pour la vigne !

mercredi 10 avril 2013

Le remplacement des vieux ceps morts.

Les statistiques.
Comme chaque année, quelques ceps ont crevé. La vieillesse et surtout les maladies, pas toujours identifiées, ont eu raison des plus affaiblis. Des boutures n'ont pas pris. Des accidents se sont produits : accrochage avec la tondeuse, projection de désherbant, attaque de nuisibles. Environ 3 à 5 % d'entre-eux disparaissent pour différentes raisons. Il vaut mieux les remplacer pendant que je ne suis pas encore trop vieux pour espérer les voir fructifier.
Depuis 2008, j'ai comptabilisé 213 ceps renouvelés dans la VDLH..
En 2008, la première année de reprise de la vigne, un peu tout le monde s'y est collé. 50 ceps ont été remplacés. Je me souviens des amis d'Anna et Luc, doctorants en biologie qui m'ont suppléé pour faire les trous de plantation. Je venais de me faire opérer du canal carpien et le maniement de la pelle et de la pioche m'était impossible. Mes gentils étudiants étaient pleins de bonne volonté, mais ils n'avaient jamais tenu ce genre d'outil. L'initiation a été difficile, mais finalement quelques trous ont été préparés. Vincent, Aline, Stéphanie et David ont aussi mis la main à la pâte. Ce ne sont pas moins de 50 ceps qui ont été replantés (40 Sauvignon et 10 Cabernet Sauvignon, de beaux ceps greffés achetés chez un producteur à Bourgueil). Et bien aujourd'hui j'ai compté 36 magnifiques Sauvignon qui ont survécu et les 10 Cabernet Sauvignon sont prêts à donner de beaux raisins, une belle réussite pour un coup d'essai.
En 2009, ce sont 20 ceps de Chardonnay et 36 ceps de Merlot qui ont été achetés à la pépinière Gergeau de Nercillac en Charente et introduits dans la vigne. 18 Chardonnay et 34 Merlot sont eux aussi prêts à produire aujourd'hui. 
En 2010,  55 ceps ont été plantés. 10 pieds de Chenin et 30 Cabernet Franc, toujours achetés chez Gergeau, sont venus enrichir la collection. J'ai aussi commencé à faire des boutures directes de 3 sarments prélevés dans une vigne de Bourgueil. J'ai aussi sélectionné 6 boutures dont 2 Noah et des rouges (prélevées dans la vigne, mais non clairement identifiées, probablement du Côt) et 3 belles boutures de Gaillard rouge (que j'ai bien identifiées), choisies en bout du 5ème rang nord de la vigne, car les quelques ceps restants de l'espèce étaient en train de disparaître. J'ai perdu 6 ceps de Cabernet Franc (je ne sais pas pourquoi) et toutes les boutures directes sont prises.

Ces 3 premières années il fallait régénérer la vigne, il y avait beaucoup de manques et de nombreux ceps étaient vraiment en mauvaise santé.
En 2011, 33 remplacements ont été effectués. J'ai acheté, toujours chez Gergeau, et planté 14 Chardonnay, 8 Gamay, 6 Pinot noir et 5 Côt pour avoir des référents pour aider à l'identification des ceps de la vigne. Ils sont toujours là et certains commencent à être bien formés.
En 2012, seulement 18 ceps manquaient à l'appel. Je n'ai rien acheté. J'ai introduit 3 ceps de Pinot noir sur les 4 qui me restaient de l'achat de 2011 à la pépinière Gergeau car la vigne était complète. Je me suis lancé dans la bouture de 15 sarments prélevés dans la vigne sur des ceps bien identifiés, des jeunes ceps plantés récemment. Seulement 10 boutures  ont réussi,  2 Gamay, 4 Côt, 2 Chardonnay, 1 Pinot Noir et 1 Noah. Ce n'est pas si mal que cela pour des boutures directes.
Mais afin d'améliorer le taux de réussite, j'ai aussi mis une vingtaine de boutures en nourrisse dans une jardinière.

Cette fois, la vigne est bien chargée, il ne manque plus un seul cep et il n'y en a plus beaucoup qui sont malingres.
En 2013, 27 ceps ont été remplacés, une petite augmentation par rapport à l'an passé, due à l'échec de certaines boutures directes. 

La méthode de remplacement.
Comment je m'y suis pris cette année ? Et bien, des boutures mises en nourrisse l'an dernier, j'ai récupéré, 4 Gamay, 5 Pinot Noir, 4 Côt,  qui avaient pris, mais sans trop de racines toutefois. J'ai fabriqué des pots en papier journal de 8 cm de diamètre et 23 cm de long environ et placé mes boutures taillées avec un petit onglet dans les pots avec un bon mélange de terreau de compost bien tamisé et de sable. J'ai aussi coupé une trentaine d'échalas dans des restes de liteaux de charpente et préparé du compost plus grossièrement tamisé dans des sacs à gravât pour mettre dans les trous creusés dans la vigne.

Le matériel de remplacement des ceps, avec le terreau de compost
dans des sacs à gravât, les jeunes plants dans leur pot de papier journal
et la découpe des échalas.
Embarquement immédiat pour la vigne de la Haumuche.
















J'ai ensuite placé les pots au fond des trous préalablement creusés et préparés pendant l'hiver. J'ai opéré avec moult* précautions, vu que les pots en papiers commençaient à être bien humides après 2 jours passés avant la mise en place.
Une bouture de Pinot Noir faite en 2012 a été rempotée
dans un pot de papier journal et placée au fond du trou.
Et voilà après la pose de l’échalas et le rebouchage du trou
Il n'y a plus qu'à arroser et replacer la mauvaise terre par dessus.. 















Mais mes boutures n'étaient pas assez nombreuses. De la vingtaine de ceps à remplacer que j'avais repérés avant la chute des feuilles, la taille m'en a fait découvrir quelques autres, notamment quelques boutures non prises. Plutôt que d'acheter de jeunes ceps chez un professionnel, bien que l'opération s'avère être une réussite à chaque fois, j'ai voulu faire par moi-même en essayant d'enrichir ma collection avec des cépages locaux. 
J'ai commencé à prospecter alentour, en particulier dans la vigne de La Grève, la belle vigne de mon oncle Jean Bodin. Il connait bien les ceps qu'il y a plantés il y a plus de 50 ans. Le fonctionnaire des douanes lui avait conseillé de mettre un hybride prometteur : du 26205, bon conseil ma fois car ce cépage  est très vigoureux et produit du bon vin, bien typé, pas un reginglard**. Le 26205 a été rendu noble depuis et porte aujourd'hui le nom charment de Chambourcin. Mon oncle m'a sélectionné de beaux rijets*** (ou rigets ?), des sarments qu'il a coupés lui-même, avec un peu de vieux bois, de quoi faire de belles  boutures avec une petite crosse (morceau de vieux bois sur lequel avait poussé le sarment).
 J'en ai planté 3 dans la vigne de la Haumuche de ces boutures de Chambourcin et en ai aussi réservé quelques autres dans ma jardinière.
Lors d'une visite dans la vigne de La Grève au moment des vendanges 2012, j'avais aperçu un cep porteur de raisins  un peu rosés. J'en parle à "Tonton Jean", il ne se souvenait pas de ce cep. Il m'en a prélevé des rijets, j'en ai planté 2 dans la vigne pour voir et quelques autres en nourrisse. Je tenterai d'identifier ce cépage dans l'année. Entre parenthèses, j'ai pu apprécier le coup de sécateur précis et vigoureux de mon vieil oncle qui vient de fêter ses 90 ans. Vous auriez vu ça, cette maitrise, cette science de la taille. En tout cas, il m'a transmis une grande force et beaucoup d'espoir, je me suis dis "On peut encore faire ça à 90 ans !".
"Plus le raisin est fin plus la taille doit être longue." m'a-t-il répondu quand je lui ai fait remarquer qu'il ne laissait pas de bois. "Et puis comme ça, on n'a pas besoin d'attacher.". Le bon sens quoi.
Mon oncle"Tonton Jean" occupé à me préparer quelques rijets de ce
cep de blanc dont il avait oublié l'existence.
Un cep inconnu de mon oncle pousse dans sa vigne de la Grève.
Ce n'est ni du Grolleau (ouGroslot) ni du Plan de Disssay.














Je me suis aperçu aussi qu'il n'y avait plus que 2 ceps de Baco Blanc dans la vigne de la Haumuche. C'est peu, surtout que les pieds en question ont de l'âge. J'ai donc bouturé 2 sarments dans les rangs de blanc pour en conserver l'espèce au cas où les 2 vieux ceps viendraient à mourir. 
J'ai aussi été séduit par un cep avec des sarments très gros, signe de bonne santé et d'espoir de bouture réussie. J'ai fait, d'un beau sarment, une bouture que j'ai plantée et qui arbore pour l'instant, l'étiquette "Gros Bois 2013". Il faudra là aussi chercher à identifier le cépage.
Pour le reste des 27 renouvellements, j'ai effectué des boutures directes à partir de jeunes ceps achetés les années passées : 3 de Cabernet Sauvignon et 1 de Cabernet Franc. Les Cabernet avaient vraiment des sarments magnifiques. Pour compléter les 1036 emplacements de ceps de la vigne, J'ai planté 2 boutures de Villard blanc, les fameux "hybrides à Marcel Lessoux", de chaque côté de l'entrée au centre de la vigne. Comme ça pour les vendanges, les raisins seront à portée de main. Les petits gourmands viendront pigocher les bonnes graines ovales, blondes et très sucrées. Dans le message du 13/01/2013 j'ai montré une photo du creusement des 2 trous. La plantation des boutures est illustrée ci-dessous.
De chaque côté de l'entrée, j'ai planté 2 boutures de Villard blanc.
La bouture est en terre dans son cocon fait de terreau et de sable.
Elle va être arrosée copieusement.


Pour finir, la mauvaise terre est remise par-dessus sans trop tasser.















La technique de bouture directe.
Elle est exposée d'après les notes que je consigne lors de chaque opération dans la vigne. C'est la façon simple et rapide que j'ai imaginée pour réussir ces boutures de sarments et je n'ai pas honte des sourires des spécialistes, je trouve ça plutôt amusant moi cette façon de procéder. Voici l'extrait :
Pour les boutures de sarments de l'année mises en place directement dans la vigne, la recette est la suivante :

Faire le trou habituel d'environ 30 * 30 cm, rempli au tiers d'un mélange compost - terre du-dessus.


Je ménage un espace de 25 cm de profondeur au centre du trou en  retirant, sur les bords,
une partie du mélange terre-compost.



Je place un morceau de tuyau de PVC, diamètre 100 mm et 25 cm de longueur debout au fond du trou.


Je fabrique un mélange avec 2/3 de sable fin et 1/3 de compost bien tamisé. 8 pelles de sable fin et 3 de terreau pour 12 boutures.
J'en mets une couche de 5 cm au fond du tube.




Je place la bouture enduite d'hormone de bouturage dans le tube.



Je rajoute du mélange fin dans le tube et je remets le mélange terre-terreau autour du tube sur 10 cm de hauteur. 


Je tasse un peu et soulève le tube PVC de 8 cm et je recommence.




Je refais l'opération une troisième fois en complétant l'extérieur du tube avec la bonne terre retirée
en premier à part de l'argile lors du creusement du trou.
J'enlève le tube de PVC, je tasse et j'arrose, au moins 8 L d'eau (puisée dans le fossé en haut de la vigne).


Je mets le tuteur et le tube jaune de protection tout en finissant de combler le trou
avec la terre argileuse du-dessous du trou.



Préparation des boutures :






Lors de la taille je prélève des beaux sarments de l'année, bien identifiés, et un morceau du bois sur lequel il a poussé.


Je place l'ensemble dans du sable humide et à l'abri de la lumière, en attendant le bouturage au printemps.


La bouture est constituée du sarment de l'année et d'un morceau de cambium de la crosse.



La crosse c'est le morceau de  bois de l'année d'avant sur lequel la bouture a poussé, que je coupe 1 bon cm de chaque côté.

J'enlève aussi les bourgeons qui se trouvent au voisinage de la crosse et ne laisse que 2 ou 3 yeux sur le sarment qui fait 30 à 40 cm de long.
Je place l'extrémité de la bouture bien humide dans un sac plastique contenant de l'hormone de bouturage.


Je secoue et retire le sarment en ne laissant qu'une fine couche blanche sur le sarment.





Et voilà comment j'essaie de préserver ce patrimoine qui m'est très cher. C'est du temps passé, du travail, mais je le fait sans rechigner, avec beaucoup d'application j'espère. A chaque action, chaque intervention, c'est le souvenir de mon père ou de mon grand-père qui remonte. Je remercie les frères Bercy et la grand-mère Antoinette d'avoir tissé ce lien entre les générations. Pour le moment, c'est moi le gardien de la Vigne.

* moult serait un adjectif invariable parfois.
** Reginglard : mauvais vin, affreuse piquette... 
Un vieux mot oublié de tous, que Mathieu nous a fait
 redécouvrir lors d'une de ces mémorables séances
 de jeu du dictionnaire que l'on pratiquait quand les enfants étaient plus jeunes.
***Rijet (ou riget) ce mot n'est pas dans les dictionnaires,
à moins que ce ne soit un rejet, avec un j donc
 mais je l'ai souvent entendu dans la bouche des anciens.
Il s'agit d'une bouture en fait, un morceau de sarment
 ou de branche d'arbuste ou d'arbre que l'on plante dans la terre pour reproduire la plante.